Mon travail concerne la mise en espace du dessin, je cherche à le faire sortir de la feuille ou de l’écran d’ordinateur, en le matérialisant, il devient un
volume suggéré dans l’espace avec économie de moyen. Jusqu’où peut-on aller dans le «presque-rien» pour suggérer encore un espace ? Un dessin prend alors
forme dans l'espace avec du fil, la forme est matérialisée par ses contours, ses arêtes. J’essaie montrer l’influence de la virtualité dans notre réalité.
LE PROJET LUFTSCHLOSS
un dessin de maison matérialisé dans l’espace.
"Luftschloss" est une maison de fil qui apparaît et disparaît dans différentes villes questionnant le quartier où elle s’implante et l’appropriation de l’espace public. Elle a déjà fait son
apparition à Berlin.
Créée au départ pour questionner l’effacement des traces à Berlin (les monuments historiques de la RDA sont déboulonnés, les noms de rues transformés...), l’image de la maison nous rappelle nos
origines, d’où l’on vient (elle a souvent été associée au ventre de la mère). Elle conserve une part de notre passé. «Grâce à la maison, un grand nombre de
nos souvenirs sont logés» (Gaston Bachelard, la poétique de l’espace). Elle a tenté de reflèter Berlin, cette ville-trouée, empreinte de culture de l’éphémère, du off, du caché, du clandestin,
laissant entrevoir ce que la ville aurait pû être. Elle est apparu à Neukölln le 14 juin 2011, un quartier en pleine gentrification (phénomène urbain d’enbourgeoisement, un sujet sensible dans la
capitale allemande) et disparaîtra dans quelques semaines pour réapparaître dans une autre ville, un autre pays.
"Luftschloss" est une installation contextuelle, car elle s'adapte au lieu où elle s'implante et se nourrit de son contexte urbain. Elle apparaît en un jour
dans l’espace public en s’accrochant aux murs d’une dent creuse, d’une ruelle, à l’entrée d’une cour, révélant le vide du lieu. Le contexte urbain est choisi
(par exemple un quartier en mutation) et raconte différentes histoires en fonction de celui-ci. Elle est supendue, n’occupe pas un territoire au sol, interroge l’appropriation de l’espace public,
elle rappelle une cabane dans un arbre renvoyant à notre enfance. Inaccessible, nous l’habitons mentalement.
Monumentale et minimaliste, elle relie deux façades et les fait dialoguer. Une confrontation visuelle s’établit entre un bâtiment réel et la représentation d’une maison archétypale. A la fois
présente et absente, elle se fond dans le paysage urbain, jouant avec notre perception en apparaissant par contraste sur les murs selon notre point de vue. Sa forme est emblématique, elle se
rapproche de l’image de la maison dans l’imaginaire collectif. Il s’agit donc d’une intervention éphémère, elle est
une apparition pour les habitants qui ne la remarquent pas forcément immédiatement, mais pourront avoir le sentiment que quelque chose manque lorsqu’elle
disparaîtra. Elle témoigne de la transition, du changement, et laisse entrevoir les possibles d’une ville.
Quelques remarques sur la représentation de la maison dans l’imaginaire collectif
«Tout espace vraiment habité porte l’essence de la notion de maison», nous dit Gaston Bachelard, dans la poétique de l’espace. C’est à travers la maison que s’effectue nos premiers rapports au
monde. Après le bonhomme, c’est l’objet le plus représenté par les enfants. Elle est un repère, un point de rassemblement. Elle rappelle l’intimité familiale. Elle est comme un corps avec des
organes (les pièces), une peau (la façade), une circulation (escaliers). Elle raconte nos façons de vivre, on s’identifie à elle, on associe la façade à un visage humain. Mais la maison est aussi
une apparence, une illusion de protection.
Pour la matérialisation du dessin dans l’espace, l’utilisation du fil ou de la cordelette s’est imposée, rappellant d’une part le trait du dessin et d’autre part l’araignée tissant
silencieusement sa toile, son piège. On veut encore nous attirer, on fabrique nos rêves en nous faisant croire au bonheur de l’accès à la propriété (la maison
à 15 euros par jour, la France de propriétaires...). La maison, devenue bien de consommation (Alexandra Fau, la maison primitive), les yourtes et les roulottes n’ont plus le vent en poupe.
Maisons et bébés - catalogues sont désormais au goût du jour.